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Date de l'événement
13/05/2020
Titre
Découverte : le Sabot de Vénus
Descriptif Court
Vous connaissez certainement la vallée de la Clarée, nichée au nord des Hautes-Alpes dans le Briançonnais. Il y a tant de plaisirs et de spectacles réjouissants à vivre ou à découvrir à l'année dans cette belle vallée !
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Vous connaissez certainement la vallée de la Clarée, nichée au nord des Hautes-Alpes dans le Briançonnais.
A l’évocation de son nom, vous viennent les images de ses nombreux lacs :

  • le lac des Béraudes et son eau turquoise ou le lac Laramon et les sommets des Ecrins en arrière-plan,
  • la minéralité aigue de la Pointe des Cerces ou celle tout en rondeur orangée du Mont Thabor 
  • ses chalets d’alpage en bois et pierre sous un épais manteau de neige 
  • son explosion de fleurs quand survient enfin le printemps 
  • son mélézin flamboyant en automne.

Tant de plaisirs et de spectacles réjouissants à vivre ou à découvrir à l’année dans cette belle vallée !

Un peu plus loin des projecteurs, et qui se révèle aux yeux des curieux, vous pourriez aussi rencontrer dans certaines de nos forêts un autre joyau : le Sabot de Vénus.
Cette belle orchidée, rare et protégée, pousse dans plusieurs stations, qui font l’objet d’un suivi régulier par les scientifiques du réseau Natura 2000 (dont la Clarée fait partie).
Vers fin mai/début juin, les plus précoces éclosent entre les pins à crochets et pins sylvestres de Val-des-Prés, puis à mesure que le mois de juin avance, nous avons la chance d’avoir d’autres représentantes qui fleurissent à Névache jusque fin juin dans une forêt mixte de sapins et d’épicéas, plus en altitude et plus ombragée. Pendant plusieurs semaines, nous pouvons donc aller admirer cette magnifique fleur.

Malgré sa relative grande taille, et ses belles couleurs jaune d’or et bordeaux pourpre, la belle passe facilement inaperçue dans les zones semi-ombragées qu’elle affectionne. Les tiges de 15 à 60 cm peuvent être isolées ou regroupées en touffes denses.
Fréquemment, les randonneurs font la remarque qu’ils la trouvent petite, notre imaginaire floral étant entre autres peuplé des orchidées extravagantes qui nous viennent des tropiques !

S’il n’y a que les feuilles, vous pouvez lui trouver un air de vératre blanc, mais quand elle est en fleur, il est impossible de la confondre avec une autre. En la regardant de près, la partie renflée jaune, qui s’appelle le labelle, explique l’origine de son nom latin : Cypripedium, le chausson d’Aphrodite. D’Aphrodite à Vénus, on passe de la Grèce à la Rome antique, puis le langage courant a continué à la baptiser dans un registre toujours imagé et lié au sacré : Sabot ou Soulier de la Vierge, Pantoufle de Notre-Dame…

On aurait aussi pu l’appeler patience, car comme toutes les belles choses, elle est le fruit d’un processus complexe et long : 6 à 15 années peuvent s’écouler entre la germination de la graine et la première floraison ! Cette germination a d’ailleurs une particularité assez remarquable (mais commune chez les orchidées) : elle ne peut s’effectuer sans l’aide d’un champignon symbiotique qui viendra « nourrir » la graine. En effet, la graine du Sabot ne se développe que très partiellement et ne possède pas de réserves, il est donc nécessaire que ce champignon lui fournisse les nutriments essentiels à sa croissance. Ensuite, le stade souterrain dure trois ans avant que la première tige perce le sol, et que les premières feuilles apparaissent !

Souvent, vous connaissez l’origine du nom de la famille des Orchidées, du grec « orchis », qui signifie « testicule », pour décrire chez certaines de ces plantes dans nos régions la forme évocatrice des paires de tubercules souterrains, ces excroissances de stockage des nutriments sur les racines (comme les patates). Le Sabot quant à lui possède sous terre non pas des tubercules mais un rhizome (comme le gingembre) pour accumuler les réserves produites par les feuilles à la belle saison et qui grandit avec les années. Ce rhizome peut se diviser et donner plusieurs individus par reproduction végétative.

 

 

La reproduction sexuée mérite que l’on s’y intéresse aussi. Elle illustre bien une des ruses déployées par certaines orchidées pour permettre le transport de leur pollen vers une autre fleur et assurer leur fécondation.
Le Sabot requiert la collaboration un peu forcée d’une petite abeille sauvage, qui se retrouve piégée dans le chausson et qui, pour en sortir, doit emprunter un passage étroit formé par la structure de la fleur.
Le cheminement vers la liberté dirige l’abeille vers la partie femelle de la fleur (où l’insecte peut déposer du pollen préalablement emporté) puis vers les parties mâles où elle se retrouve lestée du pollen de son hôte temporaire. Le piège fonctionnera de nouveau sur l’abeille, toujours attirée par les couleurs de la fleur et dupée par l’odeur de celle-ci, proche des phéromones de son espèce. Stratagème… captivant non ?

Notre vedette du jour vient nous récompenser de ses beautés à la sortie d’un hiver parfois très long dans la Clarée, mais sa célébrité ne saurait éclipser les nombreuses autres participantes à la grande fête du printemps qui nous attend :

  • primevères et phalangères, fleurs de lis, lychnis et myosotis, corydales, ornithogales et astragales, innombrables vesces, gesses et edelweiss, rhododendrons, chardons et onopordons…

Un inventaire à la « prés verts » !

Antoine ALLIER, accompagnateur en montagne de l’Echaillon

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